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Les Faits
La vie de la délégation de Charente
Maritime a toujours été très chaotique. Laissées
à elle même par les vendéens, les caisses de
ce département ont pris leur indépendance. La Rochelle,
Saintes, Royan et Rochefort notamment fonctionnent presque de manière
autonome. Les caisses veulent bien des subventions des caisses vendéennes
accordées par l'intermédiaire de la Fédération
- et n'oublient pas de les réclamer - mais considèrent
tout contrôle comme limitant leurs responsabilités
!
En 1978, dans ce contexte très difficile, c'est Alain Bernard
qui exerce la fonction
de délégué pour le département avec
courage, sans grand soutien du Siège qui n'en est pas encore
capable. Il quittera le Crédit Mutuel pour créer,
avec succès, une entreprise dans le bordelais.
En septembre 1983, à défaut de candidature
interne (pour un vendéen quitter la Vendée pour la
Charente Maritime semble très difficile) Michel Louvel sera
recruté pour lui succéder. Très attiré
par les théories en matière de management, brassant
beaucoup d'idées, multipliant les réunions, les rencontres,
M. Louvel amènera les caisses de Charente Maritime à
travailler entre elles dans un meilleur climat - une certaine unité
se réalise au sein de ce département - et à
améliorer leurs relations avec les services du Siège
dont la compétence est désormais reconnue. Quelques
administrateurs notamment Monsieur Fargeas, Président de
la caisse de Royan, participeront, au coté de Louvel, à
ces rapprochements, à cet apaisement
sans pour autant
régler certains problèmes de fond notamment en ce
qui concerne la sécurité des engagements, les contentieux,
etc. Les théories en matière de management peuvent
cacher, occulter les réalités mais pas jusqu'à
les faire disparaître !
En 1987, au départ de Christian Jochaud, Directeur
des Relations Humaines, pour la Fédération d'Angers,
je confierai à Michel Louvel cette direction au Siège...fonction
plus propice à certains développements théoriques.
J'irai avec Michel Louvel proposer à Serge Poisnet, leader
des directeurs de caisse, de prendre la suite (ce qui donnera des
boutons à quelques sectaires bien connus !). Poisnet préférera
rester à La Rochelle. Je suis tenté de nommer J.L.
Menet, Directeur de la caisse de Saintes comme délégué
mais un rapport d'inspection que j'ai demandé fera état
de dysfonctionnements peu acceptable - en effet, il n'est pas "
recommandé " à un banquier d'accorder lui même
des crédits à des entreprises dont il est directement
ou indirectement actionnaire ! Pas question de le nommer au poste
de délégué, je le laisse néanmoins à
la caisse de Saintes.
C'est de Lorraine que viendra le successeur de M.
Louvel. René Quarti vient de Longwy où il dirige un
groupe de caisses. Il a 20 années de Crédit Mutuel
à La Fédération d'Alsace, Lorraine et Franche
Comté. Il a vécu au sein de la première Fédération
de France l'évolution du Crédit Mutuel, a assumé
des responsabilités syndicales ainsi que la présidence
de la Jeune Chambre Économique de Lorraine.
Je l'ai rencontré pour la première
fois à La Rochelle, en 1986, à l'occasion de la décoration
de Serge Poisnet de l'Ordre National du Mérite par Théo
Braun. En tant que Président du syndicat autonome des cadres
de la fédération de Strasbourg, René Quarti
avait répondu à l'invitation de son collègue
syndical. Nous avions fait connaissance et j'avais retenu qu'il
aimerait bien venir au CMO. Quand la délégation de
Charente Maritime se trouva à nouveau vacante, j'ai repris
contact après en avoir parlé à ses patrons
de Strasbourg et de Metz : Jean Witz, Directeur Général
de la Fédération de Strasbourg, et Raymond Terver,
PDG de la banque du Crédit Mutuel Lorrain. En septembre 1987,
René Quarti prendra ses fonctions. Connaissant bien le fonctionnement
interne du Crédit Mutuel, il lui restait à découvrir
les particularités du CMO et de la Charente Maritime
Je lui demande en priorité de "faire
le ménage" dans les dossiers de crédit, de mettre
à profit son expérience bancaire pour imposer une
rigueur certaine en matière d'engagements. Le résultat
de cette action balayage se passe de commentaire : Les créances
contentieuses, c'est à dire le montant des dossiers en retard,
en difficultés, amassés voire cachés dans les
caisses passeront de 30 millions en décembre 1998 à
69 millions en 1990 ! Dur retour à la réalité
! Sans effort, on imagine que ce genre d'action ne se mène
pas sans créer des tensions avec les caisses et surtout avec
leurs directeurs directement responsables de ce laisser aller. Malgré
cela, la progression des dépôts est tout à fait
correcte. Les caisses de Charente Maritime vont elles enfin se développer
"normalement", sans alimenter indéfiniment les
services contentieux ?
Victime d'un accident de voiture en avril 1989, René Quarti
va subir 9 opérations en deux ans et sans doute parce qu'un
malheur n'arrive jamais seul, sa femme décède d'une
grave maladie en septembre 1989. Il reprendra théoriquement
son travail en avril 1990, mais entre opérations et soins,
ne pouvant de déplacer qu'avec l'aide de béquilles,
il ne peut en réalité exercer ses fonctions qui imposent
des déplacements très fréquents en voiture.
Comme il n'est pas possible de laisser plus longtemps la délégation
sans directeur, nous nous mettons d'accord pour qu'il prenne en
charge, quand il le pourra, les relations avec les collectivités
locales, les associations. ( Les présidents de caisses ont
insisté auprès de moi pour que je lui propose un poste
en relation avec ses qualités, à l'opposé de
toute idée de sanction
)
C'est cet homme là, se traînant sur
des béquilles, qui n'a effectivement exercé ses fonctions
que pendant 18 mois que les présidents et leurs acolytes
vont "abattre".
Le 1er juin 1991, l'adjoint
à la délégation l'informe qu'il est suspendu
de ses fonctions ! Convoqué le lendemain à La Roche
sur Yon, les Présidents et M. Bréheret lui confirment
cela dans le hall d'entrée du siège !
Il recevra sa lettre de licenciement un mois plus tard qui contient
un paragraphe à mettre dans toutes les facultés de
droit :
en abusant de la position que vous déteniez dans
l'entreprise, vous avez obtenu ou tenté d'obtenir pour la
restauration de votre résidence des conditions avantageuses
d'entreprises travaillant pour le groupe CMO ou susceptibles de
le faire.
Vous n'avez rien fait mais vous auriez pu le faire
ce n'était
pas des clients mais cela aurait pu l'être, il n y a rien
de vrai mais cela aurait pu l'être etc.
Par respect pour l'Institution Prud'homale
je ne dirai rien des Prud'hommes de la Roche sur Yon qui, en deux
séances, confirment le licenciement. La Cour d'Appel de Poitiers,
rappellera qu'il existe un droit du travail que l'on ne peut impunément
le mépriser et condamnera le CMO à payer 680 000 F
à René Quarti.
[La
suite >>]
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